Janvier 1995, M. K perd son travail de concierge.
Par la même occasion il se retrouve sans logement en plein hiver car il habitait dans l'immeuble où il travaillait.

Les K confient donc toutes leurs affaires à une compagnie de déménagement en attendant de trouver un nouveau logement.

Pas facile quand vous avez 70 ans et que vous n'êtes pas riche; personne ne veut rien vous louer.

La compagnie de déménagement se révèle être une arnaque; elle leur demande une somme beaucoup plus importante que ce qui était prévu au départ.
Incapables de payer, ils perdent toutes leurs affaires.

Ils dérivent, dormant dans des hôtels misérables pour journaliers.
Sans adresse fixe et trop vieux il n'y a pas de travail pour eux.
En un mois toutes leurs économies se sont envolées...

C'est la rue.
Les dix premiers jours sont terribles; ils n'ont rien à manger, juste une bouteille de "shôchu" (alcool local, 50°).
Affamés, au bord de l'hypothermie, ne connaissant rien au monde de la rue, c'est la galère.
Tous les jours qui passent les rapprochent d'une mort certaine...

En à peine deux semaines M. K perd 17 kilos, sa femme 14 kilos!

Finalement ils échouent à leur emplacement actuel, en face du parc de Tennoji.
Et grâce à la solidarité d'autres sans-abris ils arrivent à survivre.
Ils vivent pendant un mois dans des cartons puis construisent leur abri actuel avec des matériaux de récupération.

Peu à peu leur nouvelle vie s'organise.
De temps en temps M. K trouve des petits boulots comme vendeur de sucreries au temple voisin.
Sans cela ils vivent grâce à la générosité de gens du coin qui leur offrent des victuailles, et à des dons, plus rares, d'anciennes connaissances.

Outre les problèmes matériels évidents ce sont les relations humaines qui sont les plus difficiles.
C'est l'extrême mépris de certains passants qu'ils doivent endurer; les employés qui rient en les voyant, la mère qui dit à son enfant de ne pas devenir comme eux..

Les relations avec les autres sans-abris peuvent parfois aussi être tendues.
La violence, bien que relativement rare, n'est jamais très loin.
Depuis leur arrivée un homme à été tué à coups de couteaux, un autre s'est pendu devant leur abri et finalement un drogué a agressé Mme K.
Et les vols sont un fléau quotidien.

Ils ont un fils marié mais il y a plus de quatre ans qu'ils ne l'ont plus vu.
Il ignore bien entendu tout de la vie actuelle de ses parents.

Il y a plus d'une année qu'ils vivotent dans leur cabane faite de planches et de bâches plastiques, en attendant des jours meilleurs.

Osaka 1996

POSTSCRIPTUM 04/2003

En 2000 je suis retourné à Osaka mais ils n'étaient plus là.
J'ai entendu dire qu'ils avaient finalement réussi à trouver un logement.
J'espère que ça va mieux pour eux maintenant.