Le jeu a jeté Tsuneko à la rue.

Ayant provoqué une perte énorme, elle divorce, vivote quelques années par elle-même pour finalement perdre son travail à cause de problèmes de santé.

Comme elle habitait sur son lieu de travail elle perd du même coup son logement.
Ensuite c'est la chanson habituelle: pas d'adresse = pas de travail, pas de travail = pas d'adresse...

Finalement elle échoue à la gare centrale d'Umeda à Osaka et comble de malchance on lui vole son sac avec tout son argent.
En quelques secondes elle a tout perdu.

La première nuit un groupe de sans-abris lui explique comment utiliser les cartons pour dormir.
Dès le deuxième jour elle décide qu'il faut faire quelque chose et se procure du papier à dessin et des crayons avec les 1000 yens qu' une fonctionnaire lui a prêté.

Elle installe sa "boutique" de cartons dans un passage glauque, bordé de bars borgnes où les cols blancs viennent s'enivrer après un journée de boulot.

Elle dessine des "geishas" et ça marche: les gens les payent 1000 yens pièce.

Puis ce sont les poèmes. Le succès vient rapidement.
Ses poèmes parlent de la vie quotidienne, du monde des sans-abris, de la société japonaise actuelle.

Dès le 10ème jour elle s'arrange pour pouvoir passer la nuit dans un "fast-food" ouvert 24 heures sur 24.

Finalement les médias remarquent sa présence ; dans une folie temporaire typiquement japonaise elle a jusqu'à quatre interviews par jour!
On lui paye 30 000 à 40 000 yens pour un reportage télé, elle participe à de nombreuses émissions de radio.
Un éditeur la contacte et un recueil de poèmes est publié:"Homuresu no uta", "Les poèmes d'un sans-abri".

Pourtant malgré tout ce succès Tsuneko continue de passer ses nuits dans le "fast-food".
A son âge il est très difficile de louer un appartement et de toute façon son revenu est trop irrégulier.
L'intérêt des médias est presque nul à présent et ses poèmes ne se vendent plus beaucoup.
Certains jours elle ne vend rien...

La plupart des passants sont des employés de bureau ivres et beaucoup d'entre eux ont une attitude déplaisante.
Sous l'emprise de l'alcool ils s'amusent à l'humilier et certains vont même encore plus loin; une fois elle a failli se faire étrangler...
Toutes leurs humiliations et leurs frustrations quotidiennes se déversant sur une vieille dame de 70 ans...

Bien entendu Tsuneko n'est pas une sans-abris ordinaire: avec son talent, sa volonté et de la chance elle a obtenu un statut inconnu des autres sans-abris.

Mais la vie de la rue est dure, sa santé est vacillante et la solitude la fait souffrir de plus en plus.

Son plus grand rêve est de refaire un voyage en Europe quand elle touchera les droits de son livre.

Osaka 1997


POSTSCRIPTUM 05/08/2003

Tsuneko est décédée le 05/08/2003 à l'aube des suites d'un cancer.
Elle avait 76ans.